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Le Pharmacien FERDINAND NTUA est formel : « Il faut scinder le ministère de la Santé publique en deux autres distincts! »

 

 

Ferdinand NTUA OSIAMBA est pharmacien, un des rares parmi ses confrères, à être passé à la tête du Ministère de la Santé comme Vice-ministre dans le Gouvernement MOZITO II, après le Professeur KAMBU KABANGU et l'Honorable MOPIPI MUKULUMANYA. Bien que toujours Directeur Général du Laboratoire pharmaceutique SAFI  PHARMA, son entreprise, il est donc aussi un opérateur politique. IL est Président national de la DRDN (Démocratie Républicaine pour le Développement National), Parti politique affilié à la Majorité Présidentielle, le regroupement politique qui soutient Joseph KABILA.

Avec beaucoup d'amabilité, il s'est prêté aux questions de votre journal.

Au menu de cet entretien, la lutte contre le VIH/SIDA et contre les grandes endémies qui sévissent en RDC, ainsi que la gouvernance du secteur de la santé en RDC.

PSD : Ferdinand NTUA, vous êtes à la fois un homme de Sciences, un professionnel de la santé et un acteur politique averti. Quel est votre sentiment face à la lutte contre le VIH/SIDA et contre les différentes endémies et épidémies qui frappent la RDC ?

 

F.NTUA : Dans les années 1980, à l'apparition de la maladie, le VIH/SIDA a été un fléau qui a fait trembler le monde entier. Beaucoup d'efforts ont été fournis à travers le monde et le taux de prévalence qui frôlait parfois les 20% dans certains pays a connu une baisse notable. Mais cependant, là où réside le danger, c'est quand on remarque dans notre pays une tendance à relâcher les efforts. Vous savez, le Fonds Mondial a suspendu son appui à la RDC suite au détournement des fonds que la Banque Mondiale avait mis à la disposition du PNMLS.

Cette situation a privé le PNMLS des moyens d'action conséquents. Ceci nous permet d'affirmer que la lutte connait un relâchement dans notre pays, alors que la maladie est toujours là.

 

PSD : A qui peut  on imputer ce relâchement ?

 

F.NTUA : Vous savez, la politique sanitaire du pays est pilotée par le gouvernement. Si les nominations à la tête des organismes tels que le PNMLS se font par clientélisme, au détriment des critères de sélection tels que préconisés par la Banque  mondiale, qu'est-ce qu'on peut attendre ? Ce problème de gestion de la lutte contre le VIH/SIDA a commencé depuis le gouvernement MOZITO II. Aujourd'hui, la lutte contre le VIH/SIDA est reléguée au second plan, alors même que l'Etat n'a pas le contrôle de l'entièreté de la lutte sur l'ensemble du territoire national ; il faut craindre que le taux de prévalence ne reprenne l'ascenseur.

 

PSD : Est-ce que vraiment la santé occupe une place de choix dans les préoccupations des gouvernants ?

 

F. NTUA : Oui, la santé est une préoccupation majeure du gouvernement. Pour preuve, je citerai le dernier exemple en date, celui des efforts déployés tout récemment par le ministère de la santé pour stopper et contenir l'épidémie d'Ebola dans la province de l'Equateur. Le vrai problème réside dans le fait qu'il ya souvent plusieurs priorités à la fois, et l'arbitrage entre ces priorités devient difficile, faute de moyens suffisants.

 

PSD : En ce qui concerne particulièrement la lutte contre le VIH/SIDA, le changement de comportement des individus est un volet très important de cette lutte. Ce pendant, on ne voit pas grand-chose se faire dans ce domaine.

 

F. NTUA : C'est vrai, Et c'est ce que nous déplorons. On ne sent plus la sensibilisation, la mobilisation, alors que cette guerre n'est pas encore gagnée. Ceci risque de faire croire au public, souvent peu soucieux, que le danger est écarté, ou que la maladie serait terminée.

 

PSD : Lutter contre les maladies en RDC, mais avec quelle part du budget   national : 3 à 4% ?

 

F. NTUA : C'est aussi vrai. La part réservée à la santé dans le budget national est trop faible. Heureusement, peut être, il ya l'appui que le ministère de  la santé reçoit de nombreux partenaires qui mettent quelques moyens à contribution! Mais on peut toujours se poser la question de savoir si ces moyens sont utilisés à bon escient, déjà par les bailleurs eux  mêmes et ensuite par le gouvernement. Cela à toujours constitué une grande préoccupation. A mon avis, les apports des partenaires devraient être canalisés sous la conduite du gouvernement vers un même compte, en vue de faire face, de manière rationnelle et concertée, aux différentes endémies et épidémies. Je ne sais pas très bien ce qui se fait actuellement au gouvernement par rapport à cette approche.  

 

PSD : La gouvernance congolaise n'a pas bonne presse. Les partenaires  n'ont-ils pas raison de préférer gérer eux  mêmes les fonds            disponibles ?

 

F. NTUA : Il y a des pays ici en Afrique qui ont exigé et obtenu que ce genre de fonds soit  mis à la disposition du gouvernement Ici chez nous, des démarches ont été menées aussi dans ce sens. Je ne sais pas vous dire à quel stade on en est maintenant.

 

PSD : Ce serait facile de convaincre les partenaires si le gouvernement montrait le bon exemple en allouant des moyens substantiels à la santé.

 

F. NTUA : Oui, notre pays a cette difficulté là, de pouvoir montrer lui même d'abord la part qu'il réserve à la santé. Avec ses 526 Zones de santé, ne consacrer que 3 à 4 % du budget national à la santé n'est pas le meilleur moyen pour forcer le respect des partenaires. Il y a des pays comme le Botswana qui en 2007 consacrait déjà près de 22% de leur budget à la santé. Ce qui lui permet de prendre en charge tout son système sanitaire .Ici chez nous, même les modiques sommes inscrites au budget, il n'est pas facile d'en obtenir le décaissement. Vous avez au niveau de la banque centrale des mécanismes tellement  compliqués qu'il faut passer des mois avant de voir la sortie des fonds. C'est à n'y rien comprendre. C'est parmi les raisons pour lesquelles les choses ne marchent pas.

 

PSD : Que dites  vous de la lutte contre les autres grandes endémies ?

 

F. NTUA : Le paludisme, le VIH/SIDA et la tuberculose constituent les trois grandes endémies pour lesquelles les bailleurs de fonds ont souvent disponibilisé les moyens. Souvent ce sont les mêmes acteurs que l'on retrouve engagés sur les trois fronts. En 2007, pendant que j'étais en fonction, j'ai représenté la RDC à la rencontre des ministres africains de la santé consacrée à la lutte contre le paludisme. Plusieurs stratégies avaient été arrêtées, parmi lesquelles la distribution de la moustiquaire imprégnée d'insecticides, la lutte anti vectorielle, l'utilisation des combinaisons thérapeutiques à base des dérivés de l'artémisinine avec pour objectif l'éradication du paludisme à l'horizon 2010. Nous avons fait rapport au conseil des ministres de notre gouvernement qui a adhéré à ces stratégies. Mais il faut constater que quatre ans après l'échéance fixée, la distribution de la moustiquaire imprégnée en RDC n'avait pas encore couvert toutes les Zones de santé. S'agissant des combinaisons médicamenteuses à base des dérivés de l'artémisinine, plus de vingt spécialités différentes sont en circulation sur le marché pharmaceutique. Comment dans ces conditions peut  on espérer atteindre les objectifs assignés ?

 

PSD : Face à ce tableau peu reluisant, quelle doit  être à votre avis l'action du gouvernement pour la santé ?

 

F. NTUA : A mon humble avis, il faut scinder  le ministère de la santé en deux nouveaux ministères, l'un s'occupant de la lutte contre les maladies en général, et l'autre se concentrant sur le secteur  du médicament et des moyens de lutte contre les maladies. Ceci se justifie dans la mesure où actuellement le deuxième volet se trouve négligé, relégué au second plan, alors qu'il est primordial et incontournable. Et en scindant le ministère de la santé de la sorte, ce n'est pas une innovation : de nombreux pays, parmi lesquels on peut citer le Canada, le font déjà. En plus si on peut créer des ministères tels que celui de la  « nouvelle citoyenneté » ou de la « modernité », ou encore celui des « relations avec le parlement », des ministères sans grand soubassement administratif, pourquoi ne créerait-on pas celui du « médicament et des moyens de lutte contre les maladies » pour lequel une administration existe jusqu'au-delà des zones de santé ? La question du médicament est une question complexe qui requiert toute l'expertise des personnes attitrées, notamment des pharmaciens, et toute l'autonomie de décision dans le cadre de la mise en œuvre de la politique pharmaceutique nationale, déjà disponible et patiemment élaborée avec le concours de l'OMS, mais qui moisit dans les tiroirs du ministère de la santé faute de volonté politique. Tout le monde reconnait et s'accorde pour dire que la question du médicament est cruciale, mais malgré tout, elle est reléguée au second plan au ministère de la santé, parce que les responsables ont d'autres priorités, sans doute plus faciles à aborder pour eux. C'est pourquoi, je pense que le jour où le ministère de la santé sera scindé en deux autres tels que souhaités, les choses vont  sûrement évoluer autrement au grand bénéfice de la santé publique.

 

PSD : Cette innovation ne relèverait-elle pas de « l'inventivité » des décideurs politiques et des partis politiques ?

 

F.NTUA : Oui, bien sûr, mais aussi du lobbying que les pharmaciens doivent développer, parce qu'il ya peu de gens qui peuvent comprendre d'emblée et cerner cette question dans toutes ses nuances, comme peuvent le faire les pharmaciens qui sont les spécialistes de  ce domaine. La question du médicament recouvre différents aspects qui peuvent échapper au commun des mortels, notamment l'aspect social, l'aspect stratégique, l'aspect économique, aspect organisationnel, et j'en passe. Le médicament n'est pas un vulgaire article de commerce que l'on peut soumettre comme toute marchandise à la simple loi de l'offre et de la demande. Le médicament doit répondre aux besoins de sécurité et de survie des personnes.

PSD : Qui doit stimuler les acteurs politiques à découvrir ces différentes facettes du médicament ?

 

F.NTUA : A mon avis les pharmaciens doivent être les premiers à entreprendre ce lobbying.

 

PSD : Quel message particulier adressez-vous à nos lecteurs ?

 

F.NTUA : Je m'adresse en particulier aux pharmaciens. En tant que pharmaciens, nous ne devons pas baisser les bras. Nous devons mener notre lutte aussi sur le terrain politique en vue de parvenir à mettre de l'ordre dans le secteur du médicament. Il faut que les pharmaciens s'intéressent aussi à la politique, parce que dans notre pays, à ce stade de son évolution, la plupart des décisions, si pas toutes,sont d'ordre politique.

 

PSD : Merci, Monsieur le Ministre et Honoré Confrère.

 

F.NTUA : C'est moi qui vous remercie, Cher Confrère.

 

 

Propos recueillis par TSHIDIMBA

Share TSHIDIMBA. Edition N°100 du 27 Avril 2015
   
 
 
   
 
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